Invisibilisation des femmes en situation de handicap dans les politiques d’emploi :
Quand l’État perpétue les inégalités qu’il prétend combattre
Cet article est la deuxième d’une série de trois articles portant sur l’invisibilisation des femmes en situation de handicap dans les politiques publiques socioéconomiques.
Consultez également :
- Partie 1/3 : Quand le marché dicte le logement : qui pense aux femmes en situation de handicap?
- Partie 3/3 : Solidarité sociale et revenu : quand les programmes de soutien reproduisent les inégalités (À venir)
Dans notre premier article, nous avons exploré les conséquences de l’invisibilisation des femmes en situation de handicap (FSH) dans les politiques de logement.
Cette deuxième partie porte sur les obstacles qui persistent dans les mesures visant l’accès, l’intégration et le maintien en emploi des femmes en situation de handicap, démontrant une fois de plus leur invisibilisation dans la société.
Les FSH sont mises à l’écart bien au-delà de la question de l’habitation. En négligeant les répercussions des obstacles sur leurs conditions de vie et leur sécurité financière, l’État minimise l’ampleur de la violence structurelle. Les effets de la déconsidération de la réalité de ces femmes fait l’objet de dénonciation constante depuis des décennies. Cet article s’appuie notamment sur leurs témoignages et sur nos observations des dernières années.
L’emploi et les femmes en situation de handicap
Ici, nous parlerons des obstacles rencontrés par les FSH pour naviguer à travers les mesures et politiques publiques visant à favoriser l’accès, l’intégration et le maintien en emploi de celles-ci. Ces mesures peuvent tout de même contribuer à reproduire certaines inégalités lorsqu’elles ne tiennent pas compte des réalités vécues par les FSH.
Reconnaissance du handicap
L’accès à la mesure principale d’aide pour les FSH qui intègrent le marché du travail demeure conditionnel à l’obtention d’un diagnostic. L’obtention et les frais exigés pour un certificat médical par un professionnel de la santé et les délais pour l’obtenir, la lourdeur administrative peuvent ainsi retarder l’accès au soutien et à l’emploi. De plus, la faible reconnaissance de l’expertise d’autres professionnel·le·s occasionne des retards pour bénéficier des mesures d’aide.
Il est aussi documenté que les femmes sont plus susceptibles d’avoir un handicap invisible. Or, la définition sur laquelle se base les programmes gouvernementaux pour la reconnaissance du handicap exclue plusieurs de ces handicaps. Pas de reconnaissance, pas d’aide.
L’intégration et le maintien en emploi
Contrat d’intégration au travail (CIT)
Afin de favoriser l’embauche et le maintien en emploi des personnes en situation de handicap, le gouvernement du Québec offre le Contrat d’intégration au travail (CIT), une mesure qui soutient financièrement certains accommodements et adaptations nécessaires en emploi.
Malgré son importance, cette mesure demeure sous-utilisée en raison de sa méconnaissance et de démarches jugées complexes. Pourtant, sans cet appui financier, certains employeurs peuvent être plus réticents à embaucher ou à maintenir en emploi ces travailleuses.
De plus, les critères d’admissibilité reposent souvent sur des répercussions facilement mesurables du handicap sur le travail. Or, les emplois traditionnellement féminins, souvent associés au travail du care, à l’accompagnement ou au soutien des personnes, comportent des exigences qui sont moins facilement quantifiables par les mécanismes d’évaluation. Cette réalité complique l’accès aux mesures de soutien, malgré des besoins bien réels.
Accommodements et adaptation des postes
La méconnaissance des obligations patronales et les craintes entourant les coûts des accommodements demeurent des obstacles à leur intégration professionnelle, si l’employeur n’obtient pas de CIT.
Maintien en emploi
Les politiques publiques favorisent davantage l’intégration en emploi que les conditions nécessaires à son maintien. Le manque d’accompagnement des employeurs et de sensibilisation auprès des équipes de travail compromettent souvent la stabilité professionnelle des FSH. À cela s’ajoute le manque de perspectives d’avancement ou de promotion. Souvent, les chef·fes d’entreprise ou d’organisme n’offriront pas de poste supérieur, biaisé·e·s par les idées préconçues véhiculées par le capacitisme systémique. Qu’une personne en situation de handicap aille les capacités requises à l’exercice d’un tel poste n’est rien de moins qu’inconcevable pour la vaste majorité de la population.
Tous les enjeux nommés plus haut continuent de freiner la pleine participation des FSH au marché du travail.
Transport adapté
Le transport adapté est essentiel à l’accès de nombreuses FSH au marché du travail ainsi qu’au maintien de leur emploi.
Les contraintes liées aux horaires et aux délais de réservation, peuvent avoir des conséquences importantes : difficulté à participer à une entrevue d’embauche, impossibilité d’accepter certains horaires de travail ou encore mettre en doute la fiabilité d’une personne en raison de retards pourtant hors de son contrôle.
De plus, dans plusieurs régions les services de transport adapté demeurent insuffisants pour répondre aux besoins et aux réalités des personnes dont les horaires et les lieux de travail varient ou sortent du cadre habituel des heures de bureau.
Lorsqu’il est question d’emploi, le transport devrait être considéré comme un service fondamental et primordial à la participation économique et sociale des personnes l’utilisant peu importe la région du Québec.
Les obstacles auxquels font face les femmes en situation de handicap ne s’arrêtent pas à la reconnaissance du handicap. L’embauche et l’intégration, l’accès aux mesures de soutien et aux accommodements, le maintien en emploi et le transport adapté demeurent autant de barrières qui limitent leur pleine participation au marché du travail.
Tant que les politiques publiques seront élaborées sans tenir compte de l’interaction entre l’accès aux mesures, le genre et la reconnaissance du handicap, elles risqueront de reproduire les inégalités qu’elles prétendent combattre.
Dans notre prochain et dernier article pour cette série, nous examinerons comment certaines règles liées à l’aide sociale et au soutien du revenu continuent de restreindre l’autonomie financière des femmes en situation de handicap.
Pour aller plus loin :
- Gouvernement du Québec. (s.d.). Contrat d’intégration au travail pour l’embauche d’une personne handicapée. https://www.quebec.ca/personnes-handicapees/emploi-travail-adapte/contrat-integration-travail
- Réseau d’action des femmes handicapées du Canada (DAWN Canada). (2024). Rapports et publications sur les femmes en situation de handicap. https://www.dawncanada.net
- Seery, A., Brunschwig, A., & St-Germain, L. (2022). Accès, intégration et maintien en emploi des femmes en situation de handicap au Québec : rapport de recherche. Centre de recherche sociale appliquée. [numerique.banq.qc.ca]
Cet article s’inscrit dans la mission de défense collective des droits d’Action Femmes et handicap. Il vise l’analyse des enjeux sociaux et institutionnels et n’est lié à aucun parti politique.
Vous pouvez consulter l’ensemble de notre couverture des faits saillants politiques affectant les femmes en situation en handicap sur la page à cet effet en cliquant sur le lien ci-dessous :
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